BUIS peut être un espoir

 

Buis peut être un espoir

 

Patrick Salembier, président de l'Association française pour l'art topiaire et le buis

 

Semble éclaircir l'horizon des jardins de buis

(Voir en fin d'article une précision importante)

Pyrale et maladies du buis: des solutions bio et «chimiques» existent

http://www.lefigaro.fr/jardin/2016/01/28/30008-20160128ARTFIG00303-des-solutions-bio-et-chimiques-contre-la-pyrale-et-les-maladies-du-buis.php

 

INTERVIEW - Patrick Salembier, président de l'Association française pour l'art topiaire et le buis n'hésite pas à recommander, en dernier recours, l'utilisation de fongicides de la famille des triazoles contre les maladies qui déciment cet arbuste emblématique du jardin à la française.

Après l'inquiétude provoquée ces dernières années par la prolifération de champignons tueurs et celle de la pyrale, redoutable chenille capable de vous déshabiller un buis le temps de prendre l'apéritif, il y aurait semble-t-il des raisons, sinon d'espérer, du moins de ne pas désespérer. C'est en tout cas l'avis de Patrick Salembier, président pour la France de l'association EBTS («The European Boxwood and Topiary Society») qui vient de décerner ses prix bisannuels (à lire dans le Figaro Magazine de cette semaine en p. 98). Entretien.

Le Figaro. - Depuis quand les buis sont-ils malades?

Patrick Salembier. - Leurs malheurs ont commencé il y a 15 ans environ, en Angleterre. Quelques années plus tard, la France et l'Europe de l'Ouest ont été frappées, avec un pic de contamination il y a 4 ou 5 ans. À présent, les buis sont moins atteints par les maladies fongiques, mais la pyrale gagne toujours du terrain, 85% du territoire a été touché cette année!

Quels sont les ravageurs?

Il y en a trois principaux: deux champignons, Volutella buxi et Cylindrocladium buxicola et la pyrale, un papillon nocturne (Cydalima perspectalis) dont la chenille dévore les parties aériennes du buis: feuilles, tiges et même écorce! Il faut quand même savoir que les buis repartent souvent alors qu'on les a laissés pour morts après une attaque de pyrales. On peut, avec des moyens naturels comme le Buxatrap, piège à phéromones que l'on trouve depuis peu dans le commerce, lutter de façon «bio» contre ces attaques. Les champignons, eux, sont plus délicats à combattre.

Patrick Salembier: «Au fil des siècles, le buis a été considéré comme un «meuble», une matière que l'on peut façonner à sa guise sans prendre vraiment de précautions»

Comment ces ennemis ont-ils pu s'installer dans nos jardins?

Il y a plusieurs raisons. La première, c'est qu'au fil des siècles ce végétal a été considéré comme un «meuble» (les broderies de buis sont les tapis du jardin), une matière que l'on peut façonner à sa guise sans prendre vraiment de précautions. Pour avoir des bordures impeccables ou des broderies très nettes, on n'hésite pas à tailler (jusqu'à plus de dix fois par an!) tout ce qui dépasse, souvent pas au bon moment mais quand cela est possible pour l'entreprise, parfois en plein soleil, avec des outils mal adaptés (on a vu des buis brûlés par le pot d'échappement des tronçonneuses!), etc. Ces tailles trop sévères blessent le cambium, la couche nourricière qui se trouve directement sous l'écorce et qui conduit la sève des racines jusqu'aux feuilles. Sans compter que certains buis anémiés finissent par mourir de faim, car ils poussent, depuis leur plantation (parfois, il y a 100 ans…), dans un sol qui n'a jamais été amendé!

La seconde raison tient aux types de buis utilisés. Certaines espèces sont plus fragiles comme le suffruticosa, le buis de bordure par excellence avec ses jolies petites feuilles, très utilisé jadis. Sa densité facilite l'installation des champignons à l'intérieur. À cela s'ajoute une culture intensive du buis pour répondre à la demande. Parfois, les buis commercialisés par des grandes surfaces (le plus souvent mais pas toujours!), importés de Chine ou d'autres pays lointains (on dit par les Hollandais le plus souvent!) ou cultivés «en batterie», comme les poulets, ne sont pas véritablement contrôlés ou traités. Le but n'étant pas de rendre un service au jardinier, mais uniquement de faire de l'argent! Du coup, les maladies se transmettent ensuite, de jardin en jardin…

Comment lutter contre ces invasions?

 

La première précaution consite à ne pas faire entrer chez soi d'espèces qui paraissent malades et d'adopter la quarantaine pour tout nouveau plant. Autrement dit, mettre les sujets en jauge pendant une saison pour voir comment ils se comportent, avant de les planter à leur emplacement définitif. Il convient ensuite de bouturer les buis sains de son propre jardin, histoire de préserver le patrimoine et de procéder à des échanges avec d'autres jardiniers de confiance. Il faut également opter pour des espèces rustiques comme le Blauer Heinz (croissance lente pour les bordures) qui a des jolies feuilles bleutées au printemps ou le buis à grandes feuilles (Buxus sempervirens rotundifolia) qui est une valeur sûre. Certains spécialistes conseillent également Buxus microphylla qui serait moins fragiles. Mais le Buxus «sempervirens, sempervirens» classique qui peuple nos jardins reste néanmoins très valable et il convient avant tout de le sauver par de bonnes pratiques. Toutefois, il me semble déraisonnable, pour le moment, de développer à l'extrême l'usage du buis. Pour une pratique raisonnée du jardinage, il est prudent et plus rationnel économiquement, de planter d'autres végétaux comme l'if qui se prête très bien, lui aussi, à la réalisation de topiaires.

Enfin, il convient d'espacer suffisamment les plants au moment de la plantation. Autrefois, on plantait tous les 10 cm pour que les bordures soient bien compactes (mais les buis étaient souvent remplacés). Or comme cela ne permet pas un développement correct du système racinaire, il est recommandé de planter tous les 20 cm.

Quand et comment doit-on tailler le buis?

Ne pas tailler plus de deux fois par an.

Pas trop souvent, deux fois par an paraît le bon rythme: une fois fin juin, à la fin de la pousse et l'autre, légère, en septembre. Le tout avec des cisailles extrêmement affûtées pour ne pas risquer de blesser le buis. Celles de la marque ARS, venues du Japon coupent comme des rasoirs et sont ultralégères, ce qui a également l'avantage de rendre les manœuvres aisées et d'éviter les tendinites. Avant toute manipulation, on aura soin de désinfecter l'outil, non pas avec de l'alcool ou de l'eau de Javel, mais avec un désinfectant de type Mercryl ou Vulkan (marques déposées).

Les buis spécialement denses doivent être taillés à l'intérieur pour faire pénétrer la lumière et l'oxygène au cœur de la plante, ce qui évitera aux champignons mais aussi aux acariens de s'installer.

En fin de taille, on aura soin de ramasser tout ce que l'on a coupé et de détruire les déchets.

Comment bien nourrir ses buis?

Avant tout, il faut amender le sol. Si le pH est trop bas, on ajoutera du calcaire dolomitique, une poudre minérale volcanique également riche en phosphate (Vulkamine). Dans certains cas, on pourra recourir à des fertilisants naturels, ainsi, juste avant la plantation, bien décompacter le sol en incluant à la terre un engrais Bokashi que l'on fabriquera, selon une technique japonaise, avec tous ses déchets de fruits et de légumes frais. Ensuite, on apportera chaque année en début d'hiver des engrais organiques: un peu de fumier de cheval et, à l'entrée du printemps, de la corne torréfiée ou du sang séché. On complétera avec de l'engrais à rosiers (il est aussi recommandé de mettre du mulch au pied des buis pour que l'engrais ne brûle pas les racines).

Il faut également arrêter de croire que le buis est le cousin du chameau: s'il fait chaud ou sec, ou les deux à la fois, on l'arrosera au pied (jamais sur les feuilles, ce qui - outre l'effet de loupe qui peut faire «griller» le buis, risque aussi de favoriser l'apparition des champignons). On évitera encore l'irrigation néfaste du système de goutte-à-goutte. D'une manière générale, le buis préfère la mi-ombre au plein soleil!

Que faire si, malgré toutes ces précautions, le buis est quand même attaqué par les champignons?

Alors, après avoir épuisé les ressources des traitements biologiques et sans compter trop sur la bouillie bordelaise peu efficace en la matière, on aura recours, en cas de suspicion ou d'infestation, aux traitements fongicides autorisés.

En traitement préventif on peut utiliser le tetraconazole et le chlorotalonil, mais seuls les produits contenant du tebuconazole seront efficaces (confirmés par le Dr Béatrice Henricot de la Royal Horticulture Society), si la maladie est déjà installée. On les trouve en jardinerie au rayon «maladies des rosiers et arbres d'ornement», ce qui fait qu'on ne vous les conseille jamais pour sauver vos buis!

 

On nous fait la précision suivante

 

 

Quelques précisions, informations après verification : : http://e-phy.agriculture.gouv.fr/

 

Triazoles : est encore en vente en France mais il n'est pas homologué pour une utilisation sur arbres et arbustes d'ornement, sans homologation parcs et jardins

Chlorotalonil : Type Folio Gold ou pro est homologué sur arbres et arbustes mais ne peut être utilisé en parcs et jardins.

Tebuconazole : est encore en vente en France mais il n'est pas homologué pour une utilisation sur arbres et arbustes d'ornement sans homologation parcs et jardins

Les produits homologués sur arbres et arbustes se retrouve sur ephy : arbres et arbustes , traitement des parties aeriennes , maladies diiverses.

Et dans ces produits seul les produits ayant le logo  http://e-phy.agriculture.gouv.fr/images/utin.gif peuvent être utilisés en parc et jardins.

J'espère avoir pu apporté quelques précisions qui vous seront utiles.

Johann Lallemand

Département scientifique - Chargé des collections Botaniques Muséum - Jardin des Sciences CS 73310

F-21033 Dijon Cedex  Tél. : +33 3 80 48 82 00  Poste : 7489

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau