en finir avec les arbres totems

Pour en finir avec les arbres « totems » !

Taille radicale, taille EDF voire même taille « camping » comme l’appellent parfois avec justesse certains élagueurs. Autant de dénominations qui caractérisent un phénomène courant, celui des tailles drastiques et autres étêtages encore trop souvent pratiqués sur les arbres de nos parcs et jardins. A y regarder de plus près, on constate que le résultat obtenu est souvent à l’opposé de ce qui était recherché au départ en matière de santé des arbres, de sécurité, d’esthétique et même de coût. Alors, prêts à en finir avec les arbres totems ?

 

Taille radicale, taille douce, de quoi parle-t-on ?

On désigne sous le terme de « tailles radicales » les opérations d’élagage qui conduisent à la suppression ou au raccourcissement sévère des branches d’un arbre, tête comprise. Cela renvoie à des techniques souvent pratiquées par le passé, notamment en milieu urbain, alors que les connaissances en matière de biologie et d’architecture des arbres étaient encore balbutiantes.

Ce type de traitement est progressivement abandonné par les professionnels et remplacé par de nouvelles techniques de taille dites « douces » ou « raisonnées », plus respectueuses de la physiologie et des mécanismes de réaction de l’arbre. Il est possible de les résumer ainsi : « Intervenir de manière minimale, au bon moment et au bon endroit ». Cela consiste notamment à réduire des branches plutôt qu’à les couper complètement, à faire de petites coupes pour une meilleure cicatrisation et enfin à préserver l’architecture générale de l’arbre.

Quelques exemples de tailles radicales

Cet arbre se remettra-t-il un jour de la taille qui lui a été infligée ?

« Tailler fortement mes arbres leur redonne une nouvelle jeunesse » FAUX

Toute taille sévère perturbe le fonctionnement biologique de l’arbre, désorganise son architecture et l’oblige à puiser dans ses réserves pour cicatriser et continuer à vivre avec une masse foliaire réduite. Il s’ensuit un affaiblissement général et une plus grande sensibilité aux maladies, parasites, champignons,…

Afin de surmonter ce traumatisme et remplacer les branches perdues, l’arbre va produire de nombreux rejets, souvent couverts de larges feuilles. Cette vigueur soudaine n’a rien d’une nouvelle jeunesse, comme on le croit souvent. Il s’agit d’une réaction de survie de l’arbre face à une agression. Ce mécanisme de défense entraîne une dépense d’énergie supplémentaire pour l’arbre, ce qui contribue encore à le fragiliser.

 

« Rien de tel qu’un bon étêtage pour sécuriser mes arbres » FAUX

Transformer de grands et beaux arbres en de simples poteaux ou sinistres totems est une tentation bien normale au regard de la sécurité. L’idée étant que des arbres moins hauts et moins larges seront logiquement moins sensibles au vent et donc moins dangereux. La réalité est pourtant plus complexe si l’on se projette sur le long terme.

Si dans un premier temps un arbre étêté peut se révéler plus sûr, avec un centre de gravité abaissé et une prise au vent réduite, il va représenter avec les années un danger croissant, supérieur au danger initial que l’on croyait (souvent sans fondement…) combattre ! Et ce pour trois raisons liées à la biologie de l’arbre :

  • Les plaies engendrées par les tailles radicales ne pourront jamais cicatriser complètement, du fait de l’étendue de la section de bois mis à nu. Sans protection, le bois va se retrouver à la merci des parasites et des champignons. Des pourritures vont se développer et progresser dans les branches coupées en direction du tronc. La résistance mécanique de l’arbre va s’en trouver altérée.

 

  • Par ailleurs, au niveau des zones de coupe, des rejets vigoureux vont pousser. Ces rejets seront faiblement ancrés et donc susceptibles de s’arracher.

 

Rejets sur du bois en cours d’altération

  • Enfin, il est aujourd’hui prouvé qu’il existe un lien physiologique entre les extrémités des branches et les racines. Supprimer la tête d’un arbre entraîne le ralentissement voire l’arrêt du développement racinaire. Avec un « socle » plus réduit, l’arbre sera nécessairement moins stable et moins bien alimenté en eau et en minéraux.

 

En résumé, mutiler un arbre sain au nom d’un soi-disant risque est contre-productif et même dangereux. Statistiquement, les ruptures de branches sont plus fréquentes sur un arbre taillé sévèrement que sur un arbre en port naturel.

Précisons cependant qu’il est parfois nécessaire de tailler un arbre malade ou fragilisé afin de l’alléger et réduire son volume aérien. Dans ce cas seulement, il s’agit d’une taille de mise en sécurité justifiée, préconisée par un spécialiste et permettant de surseoir quelques années à l’abattage.

 

« Mon parc est trop sombre. En réduisant mes arbres, je vais gagner en luminosité » FAUX

Là encore, ce raisonnement n’est valable qu’à court terme. Du fait du développement rapide des rejets sur les arbres réduits en hauteur, la masse foliaire va vite se reconstituer. D’autant plus que les feuilles portées par les rejets sont souvent plus grandes et donc plus occultantes. Au bout de quelques années (3 à 5 ans sur du peuplier par exemple), l’arbre aura regagné le volume perdu et l’opération sera à renouveler... 

 

Exemple d’un tilleul argenté couvert de rejets vigoureux, un an seulement après la taille.

« Mes arbres prennent trop de place. Les tailler améliorera leur aspect paysager.» FAUX

Un arbre laissé en port libre est naturellement harmonieux. Selon l’espèce, le houppier (partie aérienne de l’arbre) prendra une forme élancée, ovoïde, sphérique ou bien étalée. Dans tous les cas, on retrouvera une certaine symétrie dans la disposition des branches et une décroissance régulière de leur diamètre, depuis le tronc jusqu’aux plus petites ramilles.

Une fois réduit à l’état de totem, l’arbre perdra ses qualités ornementales. Rien n’est plus triste qu’un arbre mutilé, couvert de rejets désordonnés. La disproportion manifeste entre le tronc massif et le faible volume du houppier est du plus mauvais effet paysager, comme le montre la photo suivante :

A la place d’une ramure majestueuse, ce platane offre un houppier insignifiant par rapport à son tronc

« Les tailles radicales sont faciles à pratiquer et donc moins coûteuses » FAUX

Un comparatif chiffré valant mieux qu’un long discours, mettons en regard les coûts cumulés de deux types de taille. Notre exemple illustre le cas d’un arbre d’une vingtaine de mètres.

Le premier scénario est celui d’une taille raisonnée dont les objectifs sont de nettoyer le bois mort, d’éclaircir le houppier afin d’amener plus de lumière au sol et enfin de réduire légèrement l’arbre en largeur pour contenir son volume. Le volume de bois prélevé sera modéré, au vu du nombre et du diamètre moyen des branches coupées. En revanche, le temps passé dans l’arbre sera conséquent.

Le second scénario est celui d’un étêtage pur et simple au niveau des premières fourches de l’arbre, effectué à l’aide d’une nacelle. Cette taille se traduira par la suppression d’une grande quantité de bois, dans un laps de temps plus court.

En comparant le coût global de chacune des tailles, depuis le démarrage du chantier jusqu’au nettoyage complet, on observe que la taille radicale représente un surcoût de près de 40% par rapport à la taille raisonnée. Sachant qu’il faudra en plus revenir plus souvent dans le premier cas, du fait du risque de rupture des rejets, ce surcoût sera amplifié avec les années. On est donc loin des économies espérées…

 

En conclusion, un arbre élagué avec modération ou même laissé en port libre sera plus vigoureux, plus sûr, plus beau et moins coûteux que ses congénères réduits à l’état de totem. Faisons donc des arbres nos amis plutôt que nos ennemis. Apprenons à les accompagner dans leur développement plutôt qu’à les combattre, pour le bien-être de tous, arbres compris !

 

Marc BRILLAT-SAVARIN

www.brillatsavarinpaysages.fr

mbrillatsavarin@yahoo.fr

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Date de dernière mise à jour : 21/11/2016